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Expo 2020 Dubaï - Le développement durable est-il dans nos assiettes?

Haïssam Jijakli à Dubaï, fondateur du C-RAU, Centre de Recherches en Agriculture Urbaine, de Green Surf, coordinateur de la plateforme WASABI co-fondateur d’APEO et directeur du Laboratoire de Phytopathologie Intégrée et Urbaine, à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège.
Haïssam Jijakli à Dubaï, fondateur du C-RAU, Centre de Recherches en Agriculture Urbaine, de Green Surf, coordinateur de la plateforme WASABI co-fondateur d’APEO et directeur du Laboratoire de Phytopathologie Intégrée et Urbaine, à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège. .

A Dubaï, la Master class Du sable à l’assiette, du professeur Haïssam Jijakli offre des perspectives optimistes pour une alimentation saine et écoresponsable.

A l’aube de 2050, la question de l’alimentation de la population mondiale se pose plus que jamais. Les enjeux sont multiples et parfois antagonistes. Comment nourrir une population mondiale en constante augmentation (doublement de la population africaine d’ici 2050)? Comment satisfaire les besoins des habitants des villes sachant que l’urbanisation progresse de façon vertigineuse (taux d’urbanisation de près de 55% aujourd’hui, entre 70% et 75 % en 2050)? Comment réussir à être autosuffisant ou presque en matière d’alimentation, alors que la pandémie montre les limites des échanges en temps de crise? Mais surtout, comment répondre à ces défis quand la disponibilité de cette masse alimentaire dépend des conséquences du réchauffement climatique et de la perte de la biodiversité (conclusion du rapport IPBES) dont elle est en partie la cause?

Des solutions viables pour tous? Une agriculture saine, une alimentation gourmande, un environnement durable

Si nous combinons les effets du changement climatique à l’épuisement de la biodiversité et des ressources foncières, il est difficile d’imaginer un avenir serein concernant l’alimentation. Pourtant, à l’image du professeur Haïssam Jijakli, nombre de chercheurs font preuve de créativité et d’optimisme pour développer des solutions alternatives et bénéfiques à l’agriculture, la culture, l’alimentation, la santé et la société de demain.

Depuis près de 30 ans, ce chercheur phytopathologiste, ingénieur agronome, développe au sein de lUniversité de Liège (Gembloux Agro Bio Tech) un axe de recherche dédié à la lutte biologique contre les pathogènes des plantes afin de diminuer l'emploi des pesticides chimiques classiques. Dans le cadre de son travail, il découvre des projets d’agriculture urbaine qui éveillent sa curiosité. Les potentiels développements de liens sociaux sous-jacents et de rapports écologie/économie vertueux, l’incitent à s’orienter, dès 2012, vers un nouvel axe de recherche sur l’agriculture urbaine en fondant le C-RAU, Centre de Recherches en Agriculture Urbaine au sein de l’Université de Liège.

Dans toutes ses démarches de recherche, sa préoccupation est de créer un lien fort entre les mondes académique et industriel afin de mettre en place de nouvelles techniques urbaines économiquement, écologiquement et socialement abordables pour le secteur de l'agriculture.

Après le C-RAU, il fonde ainsi Green Surf, une société de consultance qui accompagne les promoteurs immobiliers et les villes à l’inclusion de l’agriculture urbaine dans leurs projets.

En 2020, il lance, en tant que coordinateur, la plateforme WAllonne de Système innovants en Agriculture et Biodiversité urbaine, WASABI, ayant pour ambition de faire émerger de nouveaux modes de production, respectant voire restaurant la biodiversité, intégrant l’économie circulaire et se développant aux abords ou au cœur des villes.

 

La plateforme WASABI sur le campus de Gembloux Agro-Bio Tech

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Sur 5 hectares du campus de Gembloux Agro-Bio Tech, étudiants bio-ingénieurs et architectes du paysage expérimentent en taille réelle tous les systèmes et techniques innovants en matière de culture urbaine durable suivant 4 thématiques : agriculture urbaine, infrastructure dédiée à la biodiversité, jardin botanique, jardin de pluie. Ils cherchent à répondre à nos préoccupations contemporaines, réduire le gaspillage alimentaire, réduire les trajets en produisant là où on consomme, adapter la production à notre environnement, aux changements climatiques…

 

Serres sur le toit (c) GROOF

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On peut ainsi suivre l’évolution de serres sur les toits pour réduire les émissions de CO2 et transformer en bénéfices les déperditions en chaleur des constructions.

 

L’aquaponie, quant à elle, nous offre une leçon d’économie circulaire : l’eau enrichie par les déjections de poissons nourrit les plantes. L’eau purifiée par les plantes alimente le bassin des poissons. La consommation d’eau est faible et la culture ne nécessite aucun fertilisant, pesticide ou antibiotique. Cerise sur le gâteau, elle permet de produire légumes et poissons sur le même lieu.

Aquaponie (c) WASABI

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De parcelles maraîchères, usines végétales en container, aux toits et murs végétalisés, jardins aux multiples espèces ou bassin de sédimentation et filtration, les projets sont nombreux.

 

Jardin pluvial (c) WASABI

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Ambitieux mais réalistes, ces projets sont accompagnés par une expertise wallonne et internationale. S’il est un message à retenir de ces multiples expériences, loin du greenwashing, c’est bien celui de la collaboration entre chercheurs, du partage d’expertise, de l’adéquation des recherches à leur environnement et de la valorisation des résultats.

 

Du sable à l’assiette

C’est ainsi que le professeur Jijakli, avec plus de 80 projets de recherche nationaux et internationaux à son actif, aborde sa master class Du sable à l’assiette à Dubaï. Il présente la production primaire de fruits et légumes à partir de systèmes innovants de production basés sur le hors sol, tels que l’aquaponie ou la culture en toiture cités précédemment.

C’est l’occasion de découvrir l’application Smart Aquaponics qui permet de s’initier au bonnes pratiques de l’aquaponie tout en s’amusant. Inspirée d’une technique de culture ancestrale, l’aquaponie est accessible à tous, particulier, entreprise, école ou HoReCa. C’est un projet complet et durable que l’application permet de rendre inclusif et évolutif. Plus la communauté d’utilisateurs s’agrandit plus l’application devient précise.

Application Smart Aquaponics (c) WASABI

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Arom@home, également présentée à Dubaï en collaboration avec les activités de gastronomie, est aussi l’exemple de l’application concrète des recherches menées à Gembloux. Cette étagère à micro-pousses hydroponiques destinées aux restaurateurs permet la production autonome d’aromates et de micro-pousses fraiches bio toute l’année, adaptée aux besoins et sans perte.

Évaluer la pertinence des différents modèles économiques de l'agriculture urbaine, c'est la mission que s'est assignée le professeur Jijakli au sein du C-RAU, avec comme enjeu, de développer des cultures à plus haute valeur ajoutée.

Le développement de l’agriculture urbaine ne répond pas aux mêmes besoins partout dans le monde. Si chez nous, il touche à des valeurs écologiques, sociales et économiques, pour d’autres, il relève de la sécurité alimentaire et de la survie des populations. Dubaï, comme les six autres membres de la Fédération des Émirats arabes unis, importe 90% de ses besoins alimentaires. Vu les ressources en eau et terres exploitables limitées et une augmentation de la population exponentielle, une politique de sécurité alimentaire s’est imposée depuis quelques années, accentuée par la pandémie. Après avoir acheté et loué des terres à l’étranger, les EAU ont constitué des stocks. Ils souhaitent désormais accéder à l’autosuffisance alimentaire en produisant localement en continu. Avec une énergie disponible en quantité et à faible coup, des moyens financiers conséquents, les EAU développent une agriculture de pointe à très haut niveau technologique avec des fermes verticales dans le désert entièrement robotisées, de la pisciculture de pointe, de l’élevage à production laitière.

 

Différences de moyens, différences de destinations, différences de techniques, l’agriculture urbaine est multiple.

 Haïssam Jijakli et Simon Dal Maso ont mené les recherches sur les bioherbicides au Laboratoire de Phytopathologie Intégrée et Urbaine, à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège. Tous deux poursuivent l’aventure en co-fondant la start-up APEO.

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Cette master class menée par l’un des grands spécialistes de la question, nous mènera certainement encore à de nouvelles interrogations mais aussi à de nouvelles perspectives d’innovations durables et viables à l’image des bioherbicides naturels à base d’huiles essentielles et remplaçant le glyphosate découverts par le laboratoire du professeur Jijakli et en passe d’être développés et commercialisés par la nouvelles spin-off APEO (pour « Agronomical Plant Extracts & Essential Oils ».

 

Intéressé par la participation de Wallonie-Bruxelles à l’Expo universelle de Dubaï ? Retrouvez-en tous les détails: https://walloniaexpodubai.be/

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