Repenser le développement africain après la Covid-1909/01/2021

 

La pandémie du coronavirus nous entraîne tous en territoire inconnu, avec une urgence sanitaire mondiale qui se double d’une crise économique d’une ampleur inouïe. Elle a provoqué, selon plusieurs experts, la plus grave récession mondiale depuis des années. Bien que le bilan final soit encore loin d’être connu, la pandémie entrainera certainement des contractions dans la plupart des marchés émergents et des économies en développement. Dans le scénario de base, le PIB mondial pourra diminuer de 5,2 % en 2020, ce qui représente la plus grave récession planétaire depuis des décennies. Elle aura également des effets durables sur la productivité du travail et la production potentielle. Le revenu par habitant diminuera cette année 2020 dans la plupart des marchés émergents et des économies en développement. Alors que le virus continue de circuler, l’économie mondiale devrait se contracter d’environ 4 200 milliards de dollars entre fin 2019 et 2020, selon des estimations de la Banque mondiale. Un chiffre qui dépasse largement le PIB de toute l’Asie du Sud (autour de 3 500 milliards de dollars) et qui équivaudrait à la disparition de la scène économique de l’Allemagne et de la Belgique. Pire encore, par rapport aux projections établies pour 2021 en l’absence de pandémie, les pertes se situeraient autour de 7 500 milliards de dollars — soit 40 % de l’économie américaine et plus que le PIB combiné de l’Amérique latine, des Caraïbes, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Dans les pays les plus pauvres du monde, des millions d’individus se retrouvent au bord du précipice. En plus de la contagion par le virus, aussi dévastatrice soit-elle, ils doivent faire face aux fléaux qui l’accompagnent : la pauvreté, les privations, voire la faim. Des pays surendettés se retrouvent brutalement privés d’échanges, de remises migratoires, d’investissements et d’emplois. En Afrique particulièrement, on note que l’activité économique s’est effondrée déjà au premier semestre de cette année, ce qui est en train de détruire de nombreuses vies humaines et causer une crise économique sans précédent dans le continent. L’Afrique a subi le contrecoup de la pandémie chez ses principaux partenaires commerciaux, de la perturbation des voyages internationaux et des chaînes d’approvisionnement, et de l’effondrement des prix des produits de base, notamment le pétrole et les métaux industriels. Ces chocs ont exacerbé l’aversion des investisseurs pour le risque et entraîné des sorties de capitaux sans précédent. Plusieurs pays exportateurs de matières premières industrielles, comme l’Angola, la République démocratique du Congo et le Ghana, ont dû faire face à un fléchissement de la demande extérieure et une baisse des prix du pétrole et des métaux, parallèlement à des perturbations internes. Les quelques pays africains exportateurs de produits agricoles, comme la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et le Kenya, ont été touchés par l’effondrement de la demande et la perturbation des chaînes d’approvisionnement, bien qu’ils soient relativement protégés contre la baisse des prix des produits de base parce que les investissements étrangers directs et le resserrement des conditions financières retardent l’investissement. La réduction du trafic international entraînée par la pandémie a porté un coup dur aux pays fortement tributaires des voyages et du tourisme, comme le Cap Vert, l’Éthiopie, Maurice et les Seychelles mais aussi à la quasi-totalité des pays du continent dépendants des importations. La dépréciation des monnaies nationales et la perturbation des chaînes d’approvisionnement ont poussé l’inflation à la hausse dans la région. De nombreux pays ont annoncé des mesures de soutien budgétaire, mais dans bien des cas elles consistent à remanier les budgets existants pour faire face aux nouvelles contraintes. Les institutions internationales et plusieurs pays africains ont demandé aux créanciers bilatéraux de suspendre le remboursement de certaines dettes africaines. Ce moratoire qui ne fait que retarder l’inévitable paiement de la dette semble ne pas suffire ne serait-ce qu’à la riposte de la crise sanitaire moins encore à préparer l’après crise.  Selon toujours les études de la Banque mondiale, l’activité économique de l’Afrique devrait se contracter de 2,8 % en 2020, repli le plus fort jamais enregistré. On s’attend alors à une baisse encore plus importante du PIB par habitant, ce qui risque de faire retomber des millions d’Africains dans l’extrême pauvreté. L’activité économique des pays importateurs de produits de base devrait ralentir cette année malgré la baisse des prix du pétrole, le nombre de touristes étant limité par les restrictions imposées aux voyages internationaux. Le PIB des pays exportateurs de matières premières industrielles devrait également diminuer en 2020 du fait que les perturbations intérieures sont exacerbées par la faiblesse des prix du pétrole et des métaux. Bref, l’Afrique est en train de subir de plein fouet les conséquences de sa dépendance économique vers l’extérieur pendant cette pandémie. Nous osons croire dans une perspective positive que la croissance pourrait reprendre en 2021 et atteindre les 3,1 % ou plus, si la pandémie recule au deuxième semestre de cette année, si les foyers d’infection suivent la même tendance au niveau des pays, si la croissance reprend chez les grands partenaires commerciaux et si nous adoptons localement en Afrique des politiques sérieuses capables de booster vers l’avant notre développement. Il n’est un secret pour personne que l’Afrique subsaharienne a d’énormes obstacles à surmonter pour maîtriser la pandémie compte tenu de la faible capacité des services de santé, du manque d’accès aux installations sanitaires de base et de la prévalence des activités économiques informelles dans une grande partie de la région. La crise sanitaire en elle-même ou la propagation du virus n’est pas aussi grave en Afrique comme le prévoyaient beaucoup et le pire tant redouté ne s’est pas produit, cela pour plusieurs raisons ; mais l’Afrique n’échappera pas aux conséquences économiques qui en découleront et qui sont déjà en train de connaitre des proportions inquiétantes.

Les priorités immédiates de nos pouvoirs publics sont de limiter au maximum la propagation du virus et de mettre en place un traitement, d’atténuer les coûts humains ainsi que les pertes économiques à court terme. Après la crise, il devra s'agir certainement de réaffirmer de manière crédible la volonté de prendre des mesures durables et de procéder aux réformes nécessaires pour renforcer les perspectives à long terme. Mais avant d’y arriver il est très important de faire une rétrospection pour voir ce qu’a été notre cheminement vers le développement. Et si on s’était tous trompés en prenant un mauvais détour ou parfois même un sens interdit ?  Car si on jette un regard vers le passé et si on analyse notre situation actuelle face à la crise sanitaire et ses conséquences, on se rend compte que la route empruntée par l’Afrique vers le développement n’a pas été droite et que nous nous sommes vraisemblablement trompés en chemin…en grande partie à cause de nous-mêmes ou des dirigeants que nous avons mis en place. Que ce soit au niveau de nos systèmes de santé en passant par les politiques devant nous conduire vers la sécurité alimentaire, la recherche et l’éducation, de l’urbanisation ou mêmes dans ce que doivent être nos relations internationales, on se rend vite compte que la crise sanitaire liée au coronavirus vient de révéler les angles morts de développement africain. On voit à travers le miroir de cette crise sanitaire toute la fragilité des économies africaines. L’Afrique, plus que d’autres continents, ne s’est pas préparée à cette crise : de ses structures sanitaires et ses économies en passant par ses services sociaux, rien n’a été vraiment préparé pour juguler une pandémie aussi forte comme celle du coronavirus ainsi que ses conséquences. Heureusement que le virus n’a pas déferlé toute sa fureur sur le continent noir comme en Occident ! Nous avons investi dans ce qui n’est pas durable et là où ne se trouvaient pas nos vraies priorités. Ces investissements, fussent-ils suffisants, étaient consacrés à ce qui ne reflétaient pas nos vrais besoins et ne sécurisaient pas notre futur en tant que continent ou des pays indépendants capables de s’autodéterminer et de définir par eux-mêmes ce que sera leur avenir.

Et si cette crise était venue pour nous ? Il est vrai que cette crise peut, au lieu d’être une fatalité pour l’Afrique, être une occasion pour elle de revoir ses priorités et de repenser son développement. Il ne doit pas s‘agir seulement de relancer l’économie et le développement de l’Afrique mais de les repenser totalement pour les adapter aux nouvelles réalités du monde d’après. Il y aura certainement un avant et un après Covid-19 et c’est le monde d’après qui doit nous intéresser. Plus que d’autres continents, l’Afrique doit tirer parti de cette crise, travailler sur ses faiblesses d’aujourd’hui pour jouer le rôle qui est sien dans le monde de demain. Ce continent à potentialités énormes a beaucoup à proposer au monde et peut devenir un acteur incontournable à l’avenir. Cela si seulement les africains se remettent au travail. Lire l'article complet ici

                                                                                           Auteur : DJUNGA JOSEPH Tony

 

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