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En Wallonie et à Bruxelles, les administrations sont tenues de respecter le suivi et l’atteinte d’une série d'objectifs désignés par l'acronyme ODD. “Les Objectifs de Développement Durable (ODD) sont la boussole du développement mondial”, nous explique Stéphan Plumat, directeur de l’APEFE (Association pour la Promotion de l’Education et de la Formation à l’Etranger).
 
D’où vient la définition d’Objectifs de Développement Durable (ODD) ? Historiquement, ils remontent aux années 1990. À cette époque-là, trente ans après la vague des indépendances dans les pays dit en développement, se pose la question de l’efficacité de la coopération au développement. À l’époque, on ne voit rien avancer. Les Nations Unies et ses agences se demandent comment structurer l’aide internationale et assurer une unité de vue sur les objectifs à atteindre. Sont ainsi formulés, au début du 3e millénaire, les “Objectifs du Millénaire pour le Développement” (OMD), qui couvriront la période 2001-2015”, rappelle Stéphan Plumat, directeur de l'APEFEEn 2015 quand arrive le moment du bilan des OMD, naissent les ODD qui s’imposent à tous les pays. Le développement n’est alors plus uniquement l’affaire des pays du Sud.”
 
En quoi consistent exactement les ODD ? “Ils sont la boussole du développement mondial et suivis par toutes les administrations et les grandes agences. Ils ont comme horizon 2030. En anglais, on parle de ‘sustainables goals’, donc d’un développement “soutenable” en ce qui concerne les ressources. Les ODD sont comme un tissu, il y en a 17 et ils s’interpénètrent. Exemple avec l’ODD 4 et l’ODD 8. C’est-à-dire l'éducation d’un côté et la croissance économique de l’autre. Ils se recoupent sur un thème comme l’employabilité des jeunes. Cette vision plus systémique que précédemment comporte également un objectif de méthode. C’est l’ODD 17 qui se concentre sur la qualité des partenariats car, pour atteindre les 16 autres ODD, il faut s’y mettre toutes et tous, aller dans la même direction, travailler en complémentarité à la fois à l’intérieur des pays mais aussi en coordination entre pays pour avoir une efficacité optimale.”
 
L’eau en Fédération Wallonie-Bruxelles est une ressource devenue matière d’expertise de toute une chaîne d’acteurs publics et d’entreprises. Plongée au coeur d’un savoir-faire qui s’exporte.
 
“Le sixième ODD porte sur l’eau”, enchaine Stéphan Plumat. L’eau est une des rares ressources naturelles dont peut se targuer la Wallonie. Mais ce n’est pas n’importe quelle ressource sur une planète qui connaît le réchauffement climatique et souffrira de plus en plus de stress hydrique à l’avenir. Autour de l’eau s’est développé en Fédération Wallonie-Bruxelles une expertise dans la gestion des ressources, mais aussi dans la distribution, la gestion, ou encore l’épuration. “Il existe en effet une véritable expertise wallonne que nous tenons à mettre à profit à l’international, une force de frappe peu commune au niveau du savoir-faire mais aussi de la formation. C’est une pépite qu’il faut promouvoir”, insiste Stéphan Plumat.
 
“Nous avons une grande reconnaissance dûe à notre investissement long-terme.”
 
Johan Derouane coordonne les programmes de coopération internationale dans le secteur de l’eau au sein de l’administration wallonne (SPW). Son regard est d’abord rétrospectif : “En Wallonie, l’eau était déjà un secteur prioritaire de la coopération internationale à la fin des années 1990, au sein de la Direction des Relations Internationales. WBI a poursuivi de manière continue depuis sa création en 2008”. Pourquoi historiquement avoir fait de l’eau une priorité de la coopération bilatérale ? “Les ressources en eau wallonnes sont abondantes, mais soumises à de nombreuses pressions : leur niveau élevé d’exploitation et les enjeux de leur préservation  nous ont fait développer un haut niveau de technicité. Puis, notre modèle de gestion est resté entièrement public dans un monde qui tend vers la privatisation de l'eau, ce qui est de plus en plus rare et suscite donc l'intérêt de nos partenaires.”
 
Dans ce “marché” mondial de l'eau toujours plus tourné vers la commercialisation, le modèle wallon inspire confiance : “Nous entretenons des relations privilégiées avec nos partenaires dans nos pays d’intervention. Il n’y a pas d’agenda caché et cette transparence permet la durabilité des partenariats avec les pays bénéficiaires.” Au fil du temps, le nombre de projets de coopération liés à l’eau a été multiplié par deux voire trois : “Le montant de l’enveloppe totale de Wallonie-Bruxelles n'augmente malheureusement pas, on va donc toujours plus vers l'eau au détriment d'autres secteurs. C’est un choix stratégique que l’on retrouve au niveau mondial : l’accès à l’eau potable, l’agriculture irriguée pour l’auto-suffisance alimentaire et la gouvernance de l’eau sont des enjeux majeurs pour la communauté internationale”, analyse Johan Derouane.
 
La liste des pays soutenus a peu évolué dans le temps, elle s’est au contraire toujours plus concentrée géographiquement sur des partenaires historiques comme l’Afrique, dont le Burkina Faso ou le Sénégal : “Dans le domaine de l’eau, nous sommes à 80% tournés vers l’Afrique, tandis que nous nous sommes peu à peu retirés d’Amérique latine ces dernières années. Il y a une volonté d'harmoniser la liste des pays partenaires avec celle de la coopération fédérale (Enabel) avec qui nous sommes naturellement complémentaires, eux étant plus tournés vers l’infrastructure et nous vers la gestion de la ressource et la formation des acteurs de la filière.” Ces partenariats dans la durée permettent à Wallonie-Bruxelles de se démarquer : “Au Ministère de l’Eau du Burkina Faso, par exemple, nous sommes assis à la table de travail aux côtés de la Banque Mondiale, qui apporte 350 millions d’euros ces 5 prochaines années, alors que notre apport ne dépassera pas un million sur cette période. Mais y étant depuis 1998, nous avons une grande reconnaissance dûe à notre investissement sur le long-terme.”
 
Cette implication sur la durée permet surtout une meilleure appropriation par les pays bénéficiaires: “Les partenariats entre administrations, exploitants de la ressource, universités et instituts de recherche donnent une plus-value à notre intervention. C’est propre à notre modèle de coopération, tourné vers le renforcement des capacités de nos partenaires institutionnels, et le financement associé de programmes de recherche appliquée. Nous sommes dans le relationnel. Cela détonne vraiment par rapport aux autres approches qui se résument souvent à l’exécution unilatérale d’un contrat ou d’une mission de consultance. Ici, l’implication est totale dans les institutions renforcées”, se félicite Johan Derouane.
 
Une vraie plus-value par rapport à d’autres modèles de coopération”
 
Tous les acteurs wallons de l’eau interviennent dans le projet : gestionnaires publics (SPW, SPGE), opérateurs publics (SWDE, intercommunales), universités, et secteur privé (cf. notre encadré sur la société Eloy Water) : “On se rend compte que l'on peut travailler ensemble et que c’est bénéfique pour tout le monde”, se réjouit Johan Derouane. Joost Wellens, expert en gestion de l’eau à l’ULiège, ne peut que confirmer : “C’est sûr qu’il faut rester modestes si l’on se compare aux budgets annuels de la coopération française ou allemande. Mais si l’on cumule les investissements de WBI et de l’APEFE depuis 20 ans de coopération au Burkina Faso par exemple, nous n’avons pas à rougir de notre intervention, elle a fait une réelle différence.”
 
Quels sont les enjeux futurs ? “Nous sommes à fond tournés sur l’atteinte de l’ODD 6 : les ressources en eau doivent être mieux gérées. Il faut garantir l’accès à l’eau (potable) à tout le monde”, affirme le chercheur. Comment travaille l’ULiège pour les atteindre ? “Que ce soit au Maroc, en Tunisie, au Sénégal, au Bénin, au Vietnam ou en Haïti, nous sommes là pour former et apprendre ensemble. L’Université recrute un doctorant local qui devient aussi chef de projet. On voit que les personnes ainsi formées et devenues expertes font ensuite leur carrière dans le ministère et font profiter le pays de leurs connaissances acquises sur le long-terme. C’est une vraie plus-value par rapport à d’autres modèles de coopération où les experts internationaux quittent le pays après leur mission”, conclut Joost Wellens. “Ici, la connaissance perdure”.
 
Le groupe belge Eloy, avec sa filière Eloy Water, est une success story wallonne méconnue. Présentation express.
 
Lorsque l’on cherche Eloy Water sur le net, on trouve deux sites web différents. L’un se terminant par “.be” et centré sur les activités belges ; l’autre  par “.com” et disponible en anglais. On comprend dès lors que cette branche de l’entreprise familiale belge Eloy, à moitié centenaire et à présent dirigée par les trois frères Eloy, ne fait pas l’économie d’adapter sa communication en fonction des besoins de ses interlocuteurs. Et ils sont diversifiés : Australie, Caraïbes, France, Liban, Mexique, Nouvelle-Zélande, Rwanda, Sénégal, Slovénie et Suède, pour un total de 35 pays dans lesquels la société apporte des solutions pour le traitement des eaux usées. Toutes les technologies développées et tous les produits commercialisés (notamment des stations d’épuration de petite taille, ou de taille moyenne) sont fabriqués à Sprimont près de Liège, dans un constant souci d’innovation et de durabilité : “Que ce soit sur les aspects environnementaux ou sociaux, il y a un souci stratégique constant d’aller vers plus de responsabilisation sociétale chez Eloy”, nous explique Sandrine Pierret, la nouvelle directrice marketing. Le premier partenariat avec l’Université de Liège remonte à 1995 et avait permis la création de l’Oxybee, support bactérien utilisé dans les stations d’épuration produites à l’époque. Depuis d’autres inventions importantes sont venues couronner les efforts en recherche appliquée : l’Oxyfix, une micro-station d’épuration que l’on retrouve partout dans le monde, ou le X-Perco, un filtre compact destiné à assainir l’eau. Dans les objectifs pour l’avenir : “La réduction de notre impact carbone. Vu que nous transportons beaucoup de pièces et produits depuis la Belgique, nous avons à coeur de calculer et neutraliser notre impact, par exemple en finançant la plantation d’arbres dans les pays où nous intervenons.”
 
Par Charline Cauchie
 
Article issu de la Revue W+B n°148
 
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